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Le Vinyle de la Semaine #5 : Nina Simone — I Put a Spell on You

Le Vinyle de la Semaine #5 : Nina Simone — I Put a Spell on You

💿 Le Vinyle de la Semaine #5 : Nina Simone — I Put a Spell on You (1965)

Après la soul cosmique de Marvin Gaye, le pop-rock cathartique de Fleetwood Mac, l'art pop scandaleux de Gainsbourg et l'électronique analogique de Daft Punk, notre cinquième Vinyle de la Semaine remonte à 1965. L'année où une femme seule devant son piano a envoûté le monde entier avec une voix qui n'obéit à aucune catégorie.

Cette femme, c'est Nina Simone. L'album, c'est I Put a Spell on You. Et en vinyle, le sortilège est absolu.

Pochette de l'album I Put a Spell on You de Nina Simone, 1965
Artiste Nina Simone
Album I Put a Spell on You
Année 1965
Genre Jazz vocal, soul, blues
Label original Philips
Prix moyen (VG+) 20 – 45 €
Prix moyen (NM) 50 – 90 €

Pourquoi cet album

Pour comprendre I Put a Spell on You, il faut d'abord comprendre qui est Nina Simone. Et qui est Nina Simone est une histoire de rage transformée en art.

Née Eunice Kathleen Waymon en 1933 en Caroline du Nord, la jeune Eunice est un prodige du piano classique. Son rêve : devenir la première concertiste classique noire d'Amérique. Elle postule au prestigieux Curtis Institute of Music de Philadelphie. Elle est refusée. Elle est convaincue — et l'histoire lui donnera raison — que c'est à cause de sa couleur de peau.

Cette blessure ne guérira jamais. Mais elle va nourrir l'une des carrières musicales les plus extraordinaires du XXe siècle. Eunice Waymon devient Nina Simone — « Nina » pour « niña » (petite fille en espagnol), « Simone » en hommage à l'actrice Simone Signoret — et commence à chanter dans les clubs d'Atlantic City pour payer ses cours de piano.

En 1965, quand elle enregistre I Put a Spell on You pour Philips, Nina Simone est déjà une artiste confirmée. Mais cet album marque un tournant. C'est ici qu'elle fusionne définitivement toutes les dimensions de son art :

  • Sa formation classique — dans les arrangements orchestraux somptueux, les harmonies sophistiquées
  • Sa puissance jazz — dans l'interprétation libre, les phrasés imprévisibles
  • Sa rage politique — dans l'intensité de chaque note, chaque mot
  • Sa sensualité brute — dans cette voix grave, vibrante, qui semble venir du centre de la terre

Le morceau-titre, reprise du classique de Screamin' Jay Hawkins, est une transformation radicale. Là où Hawkins en faisait un numéro théâtral et excentrique, Simone en fait une déclaration d'amour terrifiante de sincérité. Quand elle chante « I put a spell on you, because you're mine », ce n'est pas une métaphore. C'est un fait.

Autour de ce morceau emblématique, l'album déploie une palette émotionnelle vertigineuse. Feeling Good — devenu depuis l'un des morceaux les plus repris de l'histoire de la musique — est un hymne à la renaissance personnelle qui commence dans un murmure et explose en une déflagration orchestrale. Ne me quitte pas, la chanson de Jacques Brel, est réinterprétée avec une douleur si palpable qu'on oublie que ce n'est pas sa langue maternelle. Tomorrow Is My Turn est une promesse féroce. Take Care of Business est un blues qui gronde.

L'album ne dure que 35 minutes. C'est exactement ce qu'il faut. Pas une seconde de trop. Pas une note en surplus. Chaque morceau est un monde en soi.

Nina Simone ne chantait pas des chansons. Elle les habitait. I Put a Spell on You est l'album où elle a emménagé dans douze morceaux et les a tous transformés en territoire personnel. Soixante ans plus tard, personne n'a récupéré les clés.

Pourquoi l'écouter en vinyle

Il y a des voix qui sont faites pour le numérique — précises, calibrées, efficaces. Et il y a des voix qui sont faites pour le vinyle — vivantes, texturées, physiques. La voix de Nina Simone appartient à la seconde catégorie, et de très loin.

Enregistré en 1965, I Put a Spell on You a été capté intégralement en analogique. Il n'y avait pas d'alternative à l'époque, bien sûr. Mais ce « non-choix » technique est aujourd'hui un cadeau pour l'auditeur en vinyle : vous écoutez l'album exactement dans le format pour lequel il a été conçu, mixé et masterisé.

Et la différence est spectaculaire :

  • La voix de Nina Simone en vinyle a une présence presque physique. On entend son souffle, les micro-variations de son vibrato, les attaques consonantiques qui claquent comme des coups de fouet. En streaming, tout cela est aplati. En vinyle, c'est là, devant vous
  • Le piano — son instrument premier — a une rondeur et une résonance que le numérique peine à reproduire. Sur Feeling Good, les accords graves du piano vibrent dans votre poitrine avant même que l'orchestre n'entre
  • Les arrangements orchestraux de Hal Mooney se déploient avec une spatialisation naturelle. Les cordes ont cette texture soyeuse et légèrement granuleuse qui caractérise les enregistrements analogiques des années 60 — aucun plugin ne reproduit ça fidèlement
  • Les silences entre les morceaux ont cette qualité particulière du vinyle — un souffle doux, un crépitement infime, qui maintient le lien émotionnel entre deux chansons au lieu de le couper net
  • Ne me quitte pas en vinyle est une expérience bouleversante. La voix de Simone semble flotter dans la pièce, portée par les cordes, et chaque fêlure émotionnelle est audible, palpable, presque douloureuse

C'est aussi un album court sur un seul disque, ce qui signifie des sillons généreux, plus d'espace pour la dynamique, et une qualité sonore optimale du début à la fin. Pas de compromis de compression pour faire tenir la musique.

Quel pressage choisir

✅ Le pressage à chercher :

Le pressage original Philips de 1965 est évidemment le Graal. Label Philips noir avec le logo « Minigroove » ou le logo en V argenté selon le pays de pressage. Les pressages européens (Pays-Bas, France, UK) sont souvent d'excellente qualité — Philips étant un label néerlandais, les pressages hollandais sont particulièrement soignés. Comptez 40-90 € selon l'état et le pays d'origine. Un original américain en très bon état peut monter plus haut, mais la qualité sonore n'est pas nécessairement supérieure aux pressages européens.

👍 La bonne alternative :

La réédition Verve/Universal « Back to Black » en 180g est un excellent choix pour les budgets raisonnables. Masterisée à partir des bandes originales, pressée en vinyle épais, elle offre un son très fidèle à l'esprit de l'enregistrement pour un prix neuf de 20-30 €. La réédition Speakers Corner (audiophile, pressée chez Pallas en Allemagne) est aussi recherchée par les puristes pour sa qualité de pressage exceptionnelle, mais elle est plus difficile à trouver.

❌ À éviter :

Les compilations « Best of Nina Simone » ou les rééditions budget des années 80-90 sur des sous-labels obscurs. Le mastering est souvent approximatif, les pressages médiocres, et la sélection des morceaux incomplète. I Put a Spell on You se vit comme un album complet, dans l'ordre voulu par l'artiste — pas comme une playlist découpée.

💡 Pour aller plus loin : si vous achetez d'occasion, vérifiez l'état du disque avec notre guide complet du grading vinyle. Et pour savoir reconnaître un bon pressage d'un mauvais, consultez notre guide pressages originaux vs rééditions.

💿 Le verdict GroovePick : I Put a Spell on You est l'album où Nina Simone a mis le monde à genoux — et soixante ans plus tard, le sortilège tient toujours. En vinyle, sa voix a une présence presque surnaturelle. Le piano vibre. Les cordes caressent. Et Feeling Good vous donne des frissons que le streaming ne vous donnera jamais. C'est un disque indispensable pour toute collection, accessible dès 20-25 € en réédition. Si vous n'avez qu'un seul album de Nina Simone en vinyle, c'est celui-ci.

👉 Rechercher I Put a Spell on You sur GroovePick

💡 Vous ne savez pas quel état choisir ? Consultez notre guide complet du grading vinyle.


📅 Le Vinyle de la Semaine est une rubrique hebdomadaire de GroovePick. Chaque semaine, on sélectionne un album coup de cœur à (re)découvrir en vinyle — avec son histoire, ses pressages recommandés et son prix moyen.

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Écoutez. Dénichez. Vibrez.

— Leomax, pour le blog GroovePick

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